Alzheimer : quand le cerveau flanche

Alzheimer : quand  le cerveau flanche

La maladie d’Alzheimer précipite la personne dans un tel délabrement mental que tous ceux qui ont connu un malade et suivi son évolution au fil des ans vivent dans la hantise d’en être frappés à leur tour. On compte environ 400 000 Français atteints par la maladie d’Alzheimer. C’est encore peu, comparé aux deux millions d’Américains, et beaucoup si l’on sait qu’en France on s’attend a près de 900000 malades dans vingt-cinq ans. Celte affection, la plus fréquente des démences séniles, est d’autant plus effrayante qu’elle reste une énigme près d’un siècle après sa découverte. Phénomène incontournable de nos sociétés vieillissantes, la maladie d’Alzheimer est assez inquiétante et répandue pour que les médecins américains, comme leurs confrères européens, demandent aux autorités de modifier la législation existante sur l’héritage et les tutelles.

Les signes en sont bien connus, Cette affection neurologique est en fait un trouble de la connexion entre les cellules du cerveau, les neurones. Elle aboutit à leur dégénérescence puis à leur destruction, La maladie d’Alzheimer est marquée par des troubles de la mémoire. De la personnalité et du langage. Extrêmement progressive, elle peut évoluer sur dix, vingt ans voire plus. Le début est insidieux, au point de passer inaperçu : des troubles de mémoire, une dépression, des oublis, des comportements un peu bizarres, mais pas vraiment inquiétants. Peu à peu. le tableau se précise : le malade « perd la tête » et ses troubles évoluent vers une désorientation et une confusion croissantes, puis vers une dépendance totale et la perle des fonctions mentales. Les malades sont très souvent agités, ce qui rend les soins et le maintien au domicile très difficiles. La mort survient dans un contexte de grande misère physiologique et intellectuelle.

Les chercheurs contemporains n’en savent malheureusement pas beaucoup plus sur la maladie d’Alzheimer que le docteur Alois Alzheimer qui en décrit les symptômes en 1906. Lorsqu’ils observent les neurones des malades, ils mettent en avant un signe spécifique : la formation de « plaques séniles », des dépôts blanchâtres d’une substance appelée amyloïde, localisées dans le cortex cérébral. Au plan biochimique, la maladie est caractérisée par une altération profonde de certains systèmes de neurotransmission. En particulier de la sécrétion d’acétylcholine, un des neurotransmetteurs les plus utiles au fonctionnement du cerveau. Ce déficit en acétylcholine s’il est démontré dans la genèse de la substance amyloïde – et rend compte en partie de l’absence de communication inter neuronale, ne permet pas d’expliquer la maladie et encore moins de la traiter. Des origines toxiques, infectieuses et génétiques ont tour à tour été évoquées, mais toutes ces pistes se sont révélées décevantes et personne, aujourd’hui, n’est en mesure de décrire la véritable cause de la maladie d’Alzheimer. Des facteurs génétiques (anomalies des chromosomes 19 et 21) ont été trouvés sans qu’on puisse toutefois apprécier leur rôle exact ni même affirmer que la maladie est héréditaire.

Dans tous les pays développés, fiefs de la maladie, les spécialistes de la santé publique craignent – à juste titre – que l’allongement de l’espérance de vie ne s’accompagne d’une augmentation des cas de démence sénile, en particulier par la maladie d’Alzheimer. Plusieurs études épidémiologiques réalisées en France et aux Etats-Unis accréditent cette hypothèse.

Vertigineuse progression d’une démence

Faisant appel à des modèles statistiques complexes, ces éludes remarquent que la fréquence des démences est de 0.9 % à l’âge de 60 ans. Elle passe à 5 % à 75 ans et dépasse 15% après 85 ans.

En France, les auteurs de l’élude en tirent quelques conclusions pessimistes : entre 1990 et 2000 les cas de démence (maladie d’Alzheimer et autres formes plus rares) devraient augmenter de 21 %. Entre 2000 et 2010. Les experts s’attendent à une augmentation de 24 %, puis de 26 pour les dix années suivantes. Il y aurait donc en France. 555 000 malades en l’an 2000. Constatations proches, mais encore plus pessimistes, aux Etats-Unis, où une élude récente vient de chiffrer à près e 40% le nombre de personnes frappées après l’âge de 85 ans. On imagine aisément les conséquences, dans une famille, de la survenue d’une maladie d’Alzheimer Les troubles sont si profonds, si lourds à supporter pour l’entourage que le maintien du malade au domicile familial devient rapidement une utopie. Les problèmes sont déjà complexes quand la famille est aisée : les structure de soins qui acceptent de prendre en charge les malades déments sont rarissimes et fort coûteuses, vu l’ampleur de la dépendance (incontinence, nécessité d’un nursing continu, absence d’espoir d’amélioration…) Les problèmes deviennent quasi insurmontables quand la famille est pauvre et, plus encore, quand elle vit dans un minuscule appartement citadin.

Sans même évoquer les contingences matérielles, la maladie d’Alzheimer et un drame pour l’entourage. Il faut beaucoup de patience et d’amour pour pouvoir continuer à s’occuper d’un malade. D’ailleurs, de l’avis même des spécialistes, il ne s’agit pas forcement de la solution idéale. Toutes les tactiques employées à titre expérimental (sport, musique, activités dirigées) pour essayer d’enrayer l’évolution irréversible ont été des échecs Compte tenu du vieillissement annonce de la population, la maladie d’Alzheimer risque de devenir une maladie de la société toute entière si aucun traitement n’est découvert dans les prochaines années.

Et si les choses allaient changer ?

Le premier médicament officiellement destiné à la maladie d’Alzheimer a été mis sur le marché en septembre 1994. Il s’agit de la tacrine (ou THA pour tétrahydroa-minoacrinine), commercialisée sous le nom de Cognex. La tacrine n’a rien de miraculeux. Aux Etats-Unis, où il a été longtemps disponible avant de traverser l’Atlantique, le produit, dont on contestait les résultats a fait l’objet de polémiques a la mesure de l’enjeu. II a  fallu attendre plusieurs essais thérapeutiques pour que les médecins l’accordent à lui reconnaître une certaine efficacité Aujourd’hui, les esprits se sont calmés et les médecins accordent à la  tacrine une place – réduite mais unique – dans le traitement de la maladie.

II semble que les réactions à ce produit soient extrêmement variables selon   les   doses   utilisées   et   les malades. Les résultats les plus nets sont obtenus avec des doses plutôt élevées (au moins 160 mg par jour).

Au début de la maladie. Chez certains malades, les symptômes peuvent même s’aggraver. Il semble que 20%  seulement des malades traités constatent une amélioration des fonctions intellectuelles et une diminution des troubles de la mémoire. De plus, ce médicament provoque des cancers et une toxicité hépatique qui forcent bien entendu à interrompre le traitement.  A l’heure actuelle, la tacrine est réservée aux formes « légères à modérées »   de la maladie d’Alzheimer. Il ne doit être prescrit, par un neurologue exclusivement, ni au tout début, ni dans ses formes graves ou très évoluée, ni dans aucune autre forme de démence. La France est actuellement chargée d’une enquête réalisée auprès des 5000 premiers patients traités. Il s’agit de déterminer précisément l’efficacité et les dangers réels de ce produit. On l’aura compris : la tacrine n’a rien d’une panacée mais c’est malheureusement le seul produit dont on peut attendre quelque résultat.

Jusqu’à présent, les autres voies thérapeutiques (antioxydants, blocage de la pénétration du calcium des cellules nerveuses, vitamines A et E)

Ont été des impasses. Quelques chercheurs parlent déjà de thérapie  génique, mais ce traitement, s’il doit être tenté un jour, relève pour l’instant de la science-fiction.

Par ailleurs, plusieurs études récentes constatent que, chez les femmes, les traitements préventifs de la ménopause à base d’œstrogène semblent protéger contre l’apparition de la maladie d’Alzheimer.

Les chercheurs et les spécialistes de la santé publique le savent bien, la maladie d’Alzheimer est un défi pour notre société. En théorie, les choix sont clairs : trouver rapidement un traitement ou élaborer des solutions satisfaisantes pour la prise en charge de ces nombreux malades.

En pratique, ils savent aussi qu’on est à priori bien loin des solutions thérapeutiques et qu’il est donc urgent que nos sociétés commencent à s’adapter à ce qui peut apparaître comme l’une des conséquences du grand âge.

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