LES MALADIES DU STRESS

Les maladies du stress

Le stress rend-il malade ? L’enthousiasme peut-il guérir ? L’influence de l’esprit sur le corps n’est pas facile à mesurer. Des expériences spectaculaires tentent de répondre à ces questions et révèlent la chimie complexe des réactions.

Ce n’est que très récemment, au début du XXe siècle, que les scientifiques ont fait sortir le cerveau de son splendide isolement, en identifiant l’adrénaline, une substance responsable de l’augmentation de la fréquence cardiaque et de l’élévation de la pression sanguine sous le coup d’un événement imprévu.

Depuis, tout un réseau d’hormones a été découvert. qui prouve que le cerveau reçoit autant de messages qu’il en émet. Les mécanismes de la communication cellulaire obéissent aux mêmes lois, aussi bien dans les opérations mentales que dans les réactions physiologiques. Une universalité de base qui ne permet cependant pas d’expliquer les relations complexes entretenues entre le corps et esprit.

Les hormones du stress

La notion de stress. « effort intense » en français, a été introduite en 1947 par un physiologiste canadien. Hans Selye, pour décrire la réaction du cerveau à un traumatisme, au froid, à la peur ou à une émotion brutale. L’hypophyse, située à la base du cerveau, déclenche la sécrétion d’une hormone, la corticotrophine (ACTH), qui active la production d’hormones surrénaliennes. dont l’adrénaline. Cette sécrétion se traduit par des manifestations physiques, battements de cœur, accélération de la respiration, yeux écarquillés et contraction des vaisseaux sanguins. Selon la définition même de Selye, le stress est « la réponse que fait l’organisme à toute demande qui lui est faite ». Certains spécialistes ont ensuite élargi les facteurs de stress aux pressions psychologiques ou à un choc émotionnel prolongé. Le stress répété est, tout au moins partiellement, mis en cause dans l’apparition de maladies comme l’ulcère, produit de la contrariété, les désordres intestinaux, les zonas, l’eczéma, parfois aussi l’asthme, l’hypertension nerveuse, les troubles de l’ovulation chez la femme. Les deuils, les dépressions rendraient plus sensibles à la grippe et pourraient précipiter l’apparition de certains cancers. Jusqu’ici, les principales études dans ce domaine sont trop contradictoires pour apporter des certitudes. Elles offrent cependant quelques pistes intéressantes.

L’une des expériences vérifiant l’influence du stress sur la santé consiste à provoquer une réaction immunitaire chez des souris en leur injectant une sorte de vaccin. En même temps qu’on leur administre ce produit, les souris sont soumises à une stimulation sensorielle. On observe alors une production normale de globules blancs et d’anticorps. Plus tard. lorsque la réaction immunitaire est passée, on soumet les mêmes souris au seul stimulus sensoriel. Et, curieusement, les animaux se mettent à produire des globules blancs et des anticorps alors qu’elles n’ont reçu aucune injection susceptible de déclencher cette réaction. En fait. leur système immunitaire semble avoir réagi au seul stimulus sensoriel. tout comme le chien de Pavlov Salivait en entendant la sonnerie annonciatrice de la pâtée.

Dialogue entre organes et cerveau

Chez l’homme, des chercheurs se sont aperçus que des globules blancs prélevés sur des personnes ayant subi une épreuve psychologique étaient moins réactifs que la normale. Leurs défenses   immunitaires   sont-elles diminuées pour autant ? Les scientifiques s’interdisent d’extrapoler : il ne s’agit que d’études à court terme et les facteurs impliqués dans les défenses immunitaires à long terme sont trop complexes pour permettre de bâtir un raisonnement sur l’observation d’un seul élément.

On sait cependant que le cerveau agit sur les organes et que les organes lui répondent. Ainsi, les hormones sexuelles, surrénaliennes et thyroïdiennes agissent sur les mécanismes  nerveux qui sont chargé de les contrôler. Ces  hormones sont mises en cause dans des trubles de  l’humeur, l’agressivité ou la dépression. Les lymphocytes – globules blancs intervenant dans l’immunité cellulaire- envoient aussi des messages vers le cerveau sous le nom de cytokines. Parmi celles- ci, l’interleukine 1 béta agit sur une zone spécifique du cerveau, l’hypothalamus, qui déclenche la fièvre.

Celle-ci stimule la production de cortisol et agit sur le contrôle l’humeur provoquant une grande lassitude, une perte de l’appétit.

Bref, le système immunitaire agit sur le cerveau qui induit un comportement adapté à la maladie. Ces hormones  peuvent aussi avoir une influence directe sur les  cellules du cerveau.

Cependant, étant donné la façon dont ces systèmes complexes sont structurés, les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets. Il est donc très difficile  de représenter clairement les interactions entre le cerveau et le système immunitaire.

Question de personnalité

Le stress peut avoir aussi des effets sur le système circulatoire. De nombreux travaux ont analysé les relations entre le comportement et les maladies cardio-vasculaires. Les chercheurs ont distingué deux types de personnalités : les A. plus nerveux, toujours sous pression, et les B. plus placides. Les A seraient plus fréquemment victimes d’accident cardiaques que les B. Une  étude, qui porte sur des ouvriers allemands et chinois, a montré que les perfectionnistes courent un risque de trouble cardiaque quatre fois supérieur à la moyenne des ouvriers. A ces résultats, qui ne font pas l’unanimité, des résultats infirmant  ces résultats ont déjà été  publiés.

Seule certitude, les maladies cardiovasculaires sont multifactorielles. Le terrain génétique, l’influence des infections, le mode de vie sont autant de facteurs de risque, auxquels il faut peut-être ajouter des facteurs psychologiques. L’exemple de l’ « effet blouse blanche » est troublant. On sait depuis longtemps que chez certaines personnes émotives  la tension monte dans le cabinet du médecin, alors qu’elle  reste normale ailleurs. D’où une grande prudence avant d’établir un diagnostic d’hypertension. Ces variations pourraient cependant avoir une influence à long terme. Ainsi un médecin a-t-il montré qu’un nombre significatif des personnes sensibles à cet « effet blouse blanche » deviennent réellement hypertendues.

Moral contre cancer

L’apparition du cancer peut-être favorisée par un deuil profondément ressenti, un choc, des soucis à répétition ou par une quelconque perturbation psychologique qualifiée de  stress ? Existe-t-il des personnalités prédisposées à faire un cancer ? Pensant trouver des réponses fiables dans l’expérimentation, les chercheurs se sont tournés vers les animaux de laboratoire. Soumettant des souris porteuses de tumeurs à des stimulations lumineuses, thermiques sonores, ils ont tenté d’évaluer l’évolution de leur cancer. Mais les résultats n’étaient pas clairs. L’auraient-ils été, cela n’aurait pas encore suffi.

Car peut-on comparez une stimulation électrique chez un rat à un choc émotionnel chez un vertébré supérieur comme l’homme ?

L’idée d’une relation possible entre psychisme et cancer remonte au II è siècle après J.C .Galien estimait que les femmes mélancoliques étaient plus sujettes aux tumeurs que les femmes dynamiques au tempérament dit sanguin. Au début de XX è siècle, philosophes et psychologues pensaient que les masochistes et les personnalités incapables d’exprimer leurs émotions développaient plus facilement des tumeurs.

Toutes les études portant  sur interrogatoire des malades se heurtent au même problème : on se souvient plus facilement de ses malheurs que des moments ses malheurs que des moments de bonheur. Une psychologue américaine a fait passer des tests psychologiques à 1 300 étudiants de la faculté de Baltimore.

Vingt ans plus tard, elle a constaté que les cancers étaient plus nombreux chez les étudiants qui avaient éprouvé une sensation d’isolement ou de malaise.

Un chercheur yougoslave qui s’est intéressé aux habitants d’une petite ville leur a fait passer des tests. En étudiant les causes de décès quelques années plus tard, il a estimé que les cancers frappent plus les personnalités qui n’expriment pas leurs émotions.

On a alors parlé de personnalité C- plus inhibés émotionnellement, elles préfèrent s’isoler de leur entourage – prédisposées au cancer. Ici encore,

les résultats doivent  être tempérés par des enquêtes contradictoires, comme celle qui observe un taux de cancer parfaitement normal chez les pilotes de bombardiers et les prisonniers de guerre, qui sont es personnes ayant été soumises  à des stress émotionnels importants.

De même une étude britannique effectuée sur 5000 veufs et veuves n’a pu montrer d’excès de mortalité par cancer.

Quand le cancer est déclaré, le psychisme peut-il aider à le combattre ?  Des exemples de malades qui ont  survécu de façon inespérée en  ayant une attitude positive face à la maladie sont connus.

Des études épidémiologiques semblent corroborer  que la suivre était meilleure chez ce type d patients. L’une d’elles a montré qu’une  femme souffrant d’un cancer de sein avait de meilleures chances de survivre si elle était dotée d’un esprit combatif, mais aussi, à l’inverse, si elle niait la maladie. Une autre étude a établi une corrélation entre le taux de rechute et un stress. Mais en 1992, le suivi de 204 femmes pendant trois ans et demi à l’hôpital de Southampton arrivait à des résultats contraires « Notre étude n’a apporté aucun argument indiquant une augmentation du risque de rechute en cas d’expériences psycho-sociales pénibles, mesurées en termes d’événements et de difficultés personnelles graves , d’une dépression majeure prolongé ou de l’absence de confident » , concluent les auteurs. Deux autres études  américains ayant porté sur plus d 400 malades ne montrent aucune influence des facteurs psychosociaux sur l’évolution d’un cancer avancé ou à fort risque de rechute.

 

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