Lutter contre le désespoir

Lutter contre le désespoir

La France détient un triste privilège : celui d’être un des pays au monde où l’on se suicide le plus.  Un geste qui concerne surtout les jeunes, mais aussi de nombreuses personnes âgées, et qui reste mal compris.

Douze mille personnes se suicident chaque année en France. Ce chiffre, sous-estimé de l’avis général, représente 2 % des décès, et place, depuis quinze ans, la France en deuxième position des pays européens. Notre pays est encore loin derrière la Hongrie, qui détient le triste record des suicides, mais nous dépassons, depuis 1981, l’Allemagne et le Royaume-Uni, loin devant la Suède, souvent considérée, à tort, comme en tête en ce domaine. SI l’on étend l’investigation aux tentatives de suicide ou aux comportements suicidaires – tels qu’ils peuvent s’exprimer à travers les accidents de la route, la consommation d’alcool, de drogues -, on comprend le pessimisme des experts devant cette mortalité élevée. Son évolution est d’autant plus inquiétante qu’elle frappe de nombreux adolescents.

L’ampleur du phénomène

Albert Camus voyait dans le suicide * la seule question philosophie importante *.  Cette appréciation est d’un faible secours pour les spécialistes qui cherchent à en comprendre les raisons afin de lutter efficacement contre ce qui paraît actuellement une fatalité. Ils en sont trop souvent réduits à aligner des chiffres pour tenter de tracer quelques pistes.

En 1993, près de 800 jeunes de moins de 24 ans (dont 77 % de garçons) se sont donné la mort. Le suicide représente, après les accidents de la route, la deuxième cause de mortalité des moins de 25 ans. La tendance qui se dégage de l’évolution des taux de suicide est particulièrement inquiétante dans les tranches d’âge supérieures : entre 1981 et 1991, les suicides ont augmenté de 6 % chez les hommes âgés de 35 à 44 ans et de 8 % chez les femmes de 45 à 54 ans. Ce sont les hommes de plus de 70 ans qui se suicident le plus. Cet acte qui révèle la souffrance devant la solitude est aussi significatif, selon le rapport sur la santé des Français, de l’état désastreux des liens sociaux et familiaux.

A tous les âgés, les hommes se suicident trois  fois, plus que les femmes et la carte de France du suicide recoupe très exactement celle de l’alcoolisme. C’est dans les régions agricoles, en Bretagne, dans la région Nord Pas-de-Calais et en Normandie que l’on met le plus  fin à son existence.

La prévention du suicide passe donc inévitablement par celle de l’alcoolisme, et par le renforcement du tissu social. Autant dire que la niche est ardue Le suicide n’a pas la même signification chez les adultes que chez les adolescents, chez qui les idées suicidaires sont très fréquentes : la fascination pour la mort et un certain romantisme y sont pour quelque chose. En 1993, 23 % des lycéens et 35 % des lycéennes reconnaissent penser au suicide, tandis 8 % des garçons et 13 % des filles y pensent souvent. Une étude réalisée en 1993 montre que 5 % des garçons et 8 % des filles ont fait au moins une tentative de suicide. Les jeunes en grande difficulté scolaire, les exclus, et notamment les prisonniers, font plus de tentatives que les autres. Le fort pourcentage de simples tentatives montre que chez les jeunes, le suicide est aussi une sorte de jeu morbide avec la mort, en plus d’être un appel au secours.

 Comprendre et prévenir

Pour prévenir il faut d’abord comprendre le mal que L’on veut combattre. C’est pourquoi les enquêtes réalisées auprès des jeunes sont précieuses. Elles permettent d’appréhender leur état psychique et leur mode de fonctionnement. Si elles fournissent des données globales sur la jeunesse et ses caractéristiques, soulignant le niveau de risque, elles n’apportent aucun éclairage particulier sur un acte qui demeure avant tout individuel.
Cependant, ces enquêtes ont mis en lumière la nécessité de reconnaître les dépressions de
l’enfant et de l’adolescent, longtemps méconnues, et de les traiter. Tâche souvent difficile.

Le Haut Comité de la santé publique remarque que les comportements à risques sont si caractéristiques de l’adolescence que les messages de santé qui sont adressés reviennent trop souvent à interdire d’être… un adolescent ! En même temps, le comportement de l’adolescent, la valeur qu’il accorde à sa vie et à sa santé sont complètement dépendants du climat socio-affectif dans lequel il grandit. D’une manière générale, c’est le cumul
des signes de souffrance (tristesse, difficultés scolaires, absentéisme, alcoolisme, toxicomanie,
insomnie, etc.) qui doit attirer l’attention et susciter une aide médicale et psychologique.

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